Nos aventures se perfectionneront avec l’arrivée d’une caméra vidéo offerte par le papa de Raphaëlle. Entraînées par une passion sans bornes pour quelques réalisateurs américains, nous nous lancerons dans l’aventure cinématographique.

Un fait restera marquant au milieu des centaines de cassettes, le film de mon envol.

Il faut dire que dans mes rêves mon moyen de transport est le vol, je prends une impulsion, m’élance, m’élève et deviens un être volant. Ce songe est tellement récurent que je suis persuadée de pouvoir jouer le personnage d’X-Or, le shérif de l’espace.

Delphine tient la caméra braquée sur moi, je porte une superbe cape d’un rouge Salambo, une couronne d’aluminium du plus bel effet ceint ma chevelure qui rayonne dans le soleil couchant. Raphaëlle me dirige, je monte sur le balcon…Tree, two, one, moteur…Je prends mon envol, une épée fluorescente au poing, je bat des pieds et des mains et…Je m’écrase sur le macadam, une chute vertigineuse de deux mètres de haut, je suis une femme de cristal ébréchée de partout. Le chirurgien comptera dix-sept fractures qui me cloueront deux mois sous un soleil de plomb dans une coquille de plâtre irritante.

Notre trio trépidant aventurera quelques années, jusqu’à notre rentrée en sixième nous avons les même sacs, nous scellons ainsi notre appartenance au même clan devant tous ces gamins.

Mais nos passions communes s’étiolent, Delphine suivra l’aura incandescente d’une Raphaëlle aux seins qui poussent. Je fuirais leurs concours chronométrés de bisous avec des garçons baveux.

Ma curiosité aux choses nouvelles fit que je me passionnai rapidement et avec fougue pour les discours de mes professeurs.

Désormais je rédige cinq rédactions pour un sujet, je suis le nègre de mes anciennes amies. Elles m’échangent une heure de jeux et d’attention contre des notes honorables.

Je me lance à corps perdu sur tout ce qui à trait aux nouvelles découvertes : Pompéi, la géologie, le théâtre…l’histoire du monde m’émerveille.

Je joue encore…à enseigner de manière ludique aux visages barbouillés de couleurs de ces lolitas. Toutefois je m’y emploie avec délice car mes cours de chimie, mathématiques et français se déroulent une fois par semaine dans la cave de Raphaëlle.

Longtemps je resterais sensible à l’odeur qui me prenait les narines en descendant les escaliers, des effluves d’antres d’alchimistes émanaient de cet endroit.

 

Cependant un fossé se creuse de plus en plus vertigineux entre elles, leurs amoureux et moi. Mon professeur de français le remarque, mon sort lui importe car il me trouve dotée de capacités intellectuelles évidentes, je passe un test de coefficient intellectuel chez un médecin (le premier docteur Charabia d’une longue liste), et là patatra on me déclare atteinte de surdouïte aiguë.

Désormais finis les jeux, le dessin…pour moi ce sera les pensum de latin, grec, les équations à trente inconnus…on essayera sur moi toutes les méthodes, je deviens un monstre de foire pour mes proches.

Mon enseignant regrette rapidement son geste, il essaiera d’adoucir mon dur destin en me permettant d’écrire des pièces de théâtre, je passe avec succès l’examen d’entrée en section art dramatique, malheureusement le directeur du collège convaincra mes parents du gâchis que serait la comédie pour un cerveau comme le mien.

Je deviens une bête à concours : prix d’éloquence, d’orthographe, concours de biologie naturaliste, cross du collège, concours communal de dessin….

 
Mon enfance est terminée dans un fracas d’applaudissement
Retour à l'accueil
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés