C’est simple, trop ! Je suis une petite fille en socquettes blanches, chemisettes col Claudine, kilt bleu marine. Je fais de la danse classique, j’apprends le solfège (ma mère a prévu d’acheter un piano) : je déteste cela, ces cours sont un calvaire pour mon petit moi qui ne pense qu’à folâtrer dans des ciels orange .

Le reste du temps je le passe cloîtrerée dans un mutisme autiste livrivore (toute ma famille fut forcée de s’inscrire à la bibliothèque ainsi je pus emprunter dix livres par semaine, je suis la mascotte des bibliothécaires, je remporte les premiers prix de lecture, la dame au gros chignon qui s’occupe du rayon littérature de jeunesse indique aux lecteurs indécis d’aller voir la mignonne qui lit là-bas afin que je les conseille dans leurs choix, j’ai même le droit de lire les livres pour grands). Je dessine avec ma cousine sur la terrasse l’été, dans la cuisine l’hiver, je fabrique des gens en papier mâché, des bijoux qui fondent sous la pluie. Ce que je préfère c’est quand maman me permet de sortir les gouaches mais c’est rare car la peinture ça salit par contre j’ai des dizaines de boîtes à couleur et lors d’un concours de dessin je gagne une superbe mallette de couleurs : j’exulte.

Pour mes neufs ans je reçois un microscope, je deviens alors aventurière. Je pars à la recherche de l’infiniment petit où, j’en suis sûre, je découvrirais des personnages magiques.

Armée d’un grand cahier et de mon assistant, un frère de cinq ans chauve, qui me suit plus fidèlement que mon ombre en pleurnichant si bien des :

« Maman a dit que si tu ne joues pas avec moi, tu rentres !!! »

que je décide de le convertir à ma cause. Il arrive avec ses quinze pistolets, son étoile de chérif au volant de sa voiture à pédales.

Je le molestais sans cesse mais il était merveilleux ce petit bougre, c’était lui qui lors de nos expéditions se montrait le plus courageux, pour mériter mon amitié, il montait dans des endroits plus que périlleux pour cueillir des raretés. Je consignais toutes nos découvertes dans un grand classeur.

Je préparais sur les lamelles de verre tous les ingrédients : bleu de méthylène, acacias, pattes de mouches...je prenais bien soin d’égrener tous ces noms en latin pour subjuguer mon petit acolyte. Puis la magie s’opérait dans nos yeux dégoupillés ; des mondes inexplorés s’offraient à nous, des formes multicolores s’enchevêtraient, bien sur je n’oubliais jamais de reproduire fidèlement le nouveau monde pour la postérité.

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