Tout est devenu clair ce jour là, j’avais le pouvoir de commander aux fées. Je devais être très prudente dorénavant dans la formulation de mes demandes à mes amies ailées.

Un frisson glacé me parcourut l’échine en même temps qu’un grand soulagement de me savoir ainsi protégée.

C’est décidé, j’allais moi-aussi devenir une fée mais je ne ferais plus de mal.

Ainsi ma vocation était née et mon sadisme enfantin tué dans l’œuf.

 

 

Pour mes six printemps je reçus mon plus beau présent, un magnifique livre en cuir marron, parcouru de dorures klimtiennes qui renfermait les contes et légendes de tous les pays du monde.

Ce fut ce coffre à trésors, cet herbier à baiser que je chérirai et qui ne me quittera plus.

Ce merveilleux étalage narrant les trépidations d’êtres hors du quotidien conditionne dès lors mes actes.

Je me pris d’une passion furieuse pour la littérature, on m’inscrit à la bibliothèque, heureux, qu’une petite fille s’intéressa, dans cette famille émigrée, aux belles lettres (Ernesto, mon arrière grand-père vivait en Toscane, à Carrara en contrebas des carrières du plus beau marbre du monde, il était sculpteur pendant la seconde guerre mondiale et son œuvre consistait à irriter Mussolini en créant de la révolution et il s’acharnait si bien à sa propagande anti-fasciste qu’on lui fit couper tous les doigts sur le forum urbain, bien plus les chemises noires détruisirent trente années de création : dans ces conditions vous comprenez bien que l’Italie devenait pour cet artiste un calvaire et qu’il refusa que ses enfant ne grandissent dans un pays ou régnait une telle ambiance. Aux empaffés qui lui disaient que Mussolini avait fait de grandes choses pour l’Italie, il répondait le cœur bouillant et les yeux exorbités que c’est comme si dans une maison sans électricité, on appelait le réparateur, celui-ci pillait la maison , violait votre femme, tuait vos enfants mais on se réjouissait car il avait réparé le réseau électrique. Il renia jusqu’à sa langue, il ne parlait plus qu’en Anglais ou devrais-je préciser en Américain et envoya ses cinq enfants étudier et travailler à l’étranger. Mon grand-père paternel, armé d’un diplôme de tailleur de pierres se décida pour la France, il faut dire qu’il y avait rencontré lors d’un voyage de jeunesse à la Napoule une bien jolie princesse française brune aux yeux gris. Ils s’installèrent dans le Nord de la France. Ironie du sort : ses capacités firent de lui un sculpteur de charbon, enfermé sous terre il respirait le grisou…La suite est banale, c’est l’histoire d’une main d’œuvre minière et d ‘une famille assez pauvre qui élève ses rejetons dans l’amour du gain : la réussite c’est l’argent).

Ceci me ravit, je n’avais que faire de la compagnie des autres congénères de mon âge avec lesquels je ne parvenais pas à communiquer, je ne comprenais pas alors l’importance de tisser des relations sociales, je préférais mille et une fois m’échapper dans des mondes sublimés aux vents mauves et adorais la compagnie des adultes qui possédaient des histoires plein leurs tiroirs...

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