Visage émacié, gilet jacquard, cravate rouge, oeil hagard, fragments d'espoirs salis de barbe. Epaules tombantes, cheveux coiffés, première sortie après la maladie.
Je me rends au café, celui qui m'a connu quand j'étais beau ; alors j'ai remis ce gilet que Martine m'avait offert pour nos dix ans.
Je réalise que les mites l'ont ravagé par endroits, odeur de naphtaline me berçant, me rappelant l'odeur d'éther qui m'est devenu familière.
Mais la douleur ne quitte pas mes entrailles, mon rire ne fait que sourire et personne n'est dupe.
Tu as l'air fatigué
Tu as l'air fatigué
autant dire, tu n'as l'air de rien.
Et, eux, là, qu'ont-ils tous à être gais ?
Ils ne voient pas que j'attends, je ne fais que cela : j'attends mon poulet à la peau trop molle, il est comme moi, élevé dans un box.
Le grand air revigorant ne fait que me battre les épaules.
Qui voudrait écouter ma tristesse de quand Martine a repris les gosses et sa robe rouge, à qui dire la honte de lire dans ses yeux la pitié.
Le grand air revigorant ne fait que me battre les épaules.
Qui voudrait écouter ma tristesse de quand Martine a repris les gosses et sa robe rouge, à qui dire la honte de lire dans ses yeux la pitié.
Elle est restée car j'étais malade, et maintenant je vais mieux, alors tu comprends, je suis encore potable, je dois partir, vivre ma vie, je m'ennuie ici et puis ça sent comme chez ta mère ; l'urine, la friture, l'eau infiltrée dans les murs. Tu sens rien, toi, évidemment tu ne penses qu'à toi!
Au début j'ai pas compris, ma si douce Martine qui m'apportait mes cachets et mon verre d'eau. Elle me regardait...son regard trempé de tendresse en fait elle était couverte d'une tristesse infinie. Elle désespérait de ne pouvoir quitter ce décor minuté.
Le vase posé sur la petite table dans l'entrée, je remarque qu'il n'y a plus de tulipes mais des roses en bois, pis y a des centaines de napperons crochetés dispersés dans le salon, et j'me sens vaseux. Dans la salle de bain y a plus d'parfum, un vieux bâton d'rouge de chez Guerlain, j'l'ouvre...ça sent ses baisers.
Je m'effondre contre le lavabo froid, je chiale comme un gosse, j'me regarde dans l'miroir fêlé : c'est pas moi!!!
Je douche mes larmes...Et là, je me dis, mon beauf, qu'est-ce que t'es devenu cave!
J'voudrais courir mais j'peux pas, j'voudrais courir derrière elle, lui hurler :
Martine je t'aime, reviens, m'laisse pas sans toi, Martine t'es belle, m'lâche pas les bras, Martine c'que tu sens bon, j'suis vraiment trop con, Martine j'suis encore fort.
Mais j'peux pas.
Pendant deux semaines, j'étais certain d'la voir rev'nir : ses valises jetées dans l'entrée, elle court vers moi, on s'bouffe de baisers, elle s'excuse et moi j'y ai racheté une robe rouge avec un nouveau bâton de rouge, du parfum d'chez Chanel et des billets pour Venise.
J'ai j'té les roses en bois et tous les jours, je change les tulipes, j'ai tout r'mis à neuf.
Et quand j'ai eu fini, j'me suis assis dans l'nouveau sofa. Mais la clef n'a pas tournée et dans l'entrée ya pas d'Martine. La robe rouge, ça fait cinq mois qu'elle est sous film plastique.
Alors je réalise qu'elle r'viendra pas.
Et quand j'ai eu fini, j'me suis assis dans l'nouveau sofa. Mais la clef n'a pas tournée et dans l'entrée ya pas d'Martine. La robe rouge, ça fait cinq mois qu'elle est sous film plastique.
Alors je réalise qu'elle r'viendra pas.
Et sur les draps y a plus qu'le sel de mon désespoir.
Alors j'ai r'mis le gilet jacquard de nos dix ans et j'suis sorti, maintenant j'suis là et j'veux pas rentrer tout seul chez moi.
Alors j'enfile des verres dans ce bar aux baies vitrées.
J'regarde la fille qui m'regarde, on regarde tous les deux dehors, c'est comme si elle avait compris...On attend Martine.
La fille a les lèvres rouges d'chez Guerlain alors j'lui paie un café, elle s'installe face à moi. Elle me regarde comme si elle savait tout l'chambard qu'y a dans ma tête. Elle dit rien, elle sourit.
Moi j'arrête pas d'parler, je lui montre des tas d'photos de Martine : elle dit qu'c'est une belle femme et qu'mes gosses y sont trognons.
Moi j'arrête pas d'parler, je lui montre des tas d'photos de Martine : elle dit qu'c'est une belle femme et qu'mes gosses y sont trognons.
Silence,
elle refait son chignon, quand elle a pris la photo, ses doigts ont frôlé ma main ; moi j'lui ai saisi le bras. Doucement elle a détaché mes doigts crispés sur sa jeunesse.
Elle m'a dit :
Elle m'a dit :
Vous n'allez pas vous noyer, moi, je vais venir avec vous, Tout est possible encore, venez dehors, on va marcher, on va regarder le ciel...
J'lui ai pris la taille. Elle chante avec le mec à l'accordéon. Moi j'ferme les yeux. Je suis derrière elle. Ses cheveux virevoltent et sèment dans l'air des parfums d'espoir.
D'un éclat de rire, elle me tire de ma torpeur et je cours derrière elle, nos rires éclatent, je suis ce feu follet, je m'sens vibrer!!!
J'lui ai pris la taille. Elle chante avec le mec à l'accordéon. Moi j'ferme les yeux. Je suis derrière elle. Ses cheveux virevoltent et sèment dans l'air des parfums d'espoir.
D'un éclat de rire, elle me tire de ma torpeur et je cours derrière elle, nos rires éclatent, je suis ce feu follet, je m'sens vibrer!!!
Et là soudain, surprise, elle avait r'connu Martine, on la suit dans le Printemps de le rue Nationale, on se cache derrière les rayons, je retiens mon souffle, elle chuchotte :
Tiens prends ce kimono en soie sauvage qu'elle a caressé de ses mains et son regard usé.
On file à la caisse, mes joues sont rouges et dans une vitre je croise mon reflet : mes yeux pétillent, ma poitrine se gonfle...
Tiens prends ce kimono en soie sauvage qu'elle a caressé de ses mains et son regard usé.
On file à la caisse, mes joues sont rouges et dans une vitre je croise mon reflet : mes yeux pétillent, ma poitrine se gonfle...
Quand Martine sort, elle a l'air perdue, elle porte la robe rouge que les années ont fané et ses yeux sonnent creux. Alors je marche dans son dos, lui cache les yeux et lui caresse les cheveux. Ne te retourne pas, je sors le kimono que j'enfile par dessus sa vieillerie.
Elle hoquette, j'la prend dans mes bras et tourne sur moi-même l'emportant dans un tourbilon d'émois.
On s'bouffe de baisers, puis j'voulais lui présenter la jeune fille feu follet mais elle a disparu laissant son sourire planer sur notre absolu bonheur à Martine et à moi.
Si un jour vous la croisez, dites lui bien merci car me femme et moi on vit à Venise, j'suis gondolier et Martine vend des robes rouges.
Elle hoquette, j'la prend dans mes bras et tourne sur moi-même l'emportant dans un tourbilon d'émois.
On s'bouffe de baisers, puis j'voulais lui présenter la jeune fille feu follet mais elle a disparu laissant son sourire planer sur notre absolu bonheur à Martine et à moi.
Si un jour vous la croisez, dites lui bien merci car me femme et moi on vit à Venise, j'suis gondolier et Martine vend des robes rouges.

