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Monde bullique

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Je fais des herbiers à odeurs. Je me ballade, prends en catimini de petites feuilles que je cache dans mon tablier puis à l’aide d’un caillou à paillettes je frotte les feuilles récoltées, une à une, sur des buvards roses. J’hume les odeurs afin de m’évader de la puanteur de la ville.

Je danse, virevolte dans ma chambre brandissant mon trésor aux ombres de mes meubles et je m’endors serrant mon petit cahier contre mes joues rougies par la chaleur de l’évocation des images que me procurent le vol que j’ai ainsi perpétré incognito.

Je joue du piano sur les pâquerettes, les raies du soleil raisonnent comme les cordes du Stradivarius sur mes jambes reconnaissantes.

J’offre ma poitrine remplie aux dieux telluriques, je me rêve renégate, guerrière, prêtresse inca, vestale.

Mes pupilles se dilatent à la vue de Méphistos que je prends pour un cumulo-nimbus se moquant de ma bouche si peu charnue.

On m’a dit que les hystériques étaient des femmes dont l’utérus bougeait car elles étaient en manque de sexe, et que pour soigner ce mal elles devaient être enfilées par des mâles ou alors il existait un appareil : sorte de godemiché troué par lequel on enfumait l’intérieur de l’échevelée afin de calmer ses nerfs.

Je veux être ventriloque, je me suis entraînée pendant des mois en regardant des vidéo de Tatayet. Moi aussi je ferais vivre une petite bestiole pour laquelle je serais démiurge. Hélas, je ne parviens qu’à émettre des sons de monstres grognant en me privant de manger quelques jours afin que de ce ventre sortent les gargarismes de l’ogre qui m’habite.

A la place je sème à tous vents des plumetis de mes yeux brouillés d’impuissance.

Une flotte de bulles irisées suivent mes pas. J’avance sur un tapis roulant. Le gourdin du temps n’a qu’à bien se tenir, je suis invincible. Mon but : courir le plus rapidement possible jusqu’à ma chambre forte où je garde enfermés tous ses baisers ( c’est pourquoi je dois me hâter d’y déposer celui que je tiens au fond de ma poche).

C’est moi qui ai la collection la plus faramineuse, personne ne le sait autrement les pilleurs de bonheur (et ils sont de plus en plus nombreux par ces jours arides) auraient déjà pillé ma réserve.

Je possède environ trois mille quatre-cent vingt huit bises, bécots de toutes les contrées du monde (hihihihi).

L’obituaire est plein de noms inconnus, qu’ont été toutes ces personnes. Toutes blessent, la dernière tue, hum !hum ! Que penser de cette quête sans espoir de je ne sais quel saint graal ?

Les tenthrèdes s’infiltrent dans mon crâne, de petits ronds verts et rouges passent devant mes yeux (c’est parce que j’ai regardé trop longtemps le soleil, m’a dit ma mère).
Je l’aime, l’homme qui connaît des histoires insensées.
Nous gambaderons éternellement entre les rochers et nous faufileront dans tous les interstices afin de dénicher les lapi lapzuli que celui qui portait la lumière divine a laissé choir pendant sa vertigineuse chute.

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Manuela PELLICCIA
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