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Monde bullique

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Nous avions fini d’être des rhinocéros esclaves du capitalisme.

On ne spolie pas ses pairs en toute impunité ?

Et bien, si !!! Car les visages ravagés de fumées, se fendaient de sourires qui devinrent des rires outrageux. Ces hommes qui fumaient des calumets assis en chien de faïence devant des posters du Che Guévara, refaisant le monde sans cesse en écoutant Pink Floyd ne voyaient pas l’intérêt d’agir, ils préféraient se croire l’élite incomprise d’une intelligence suprême.

Ils étaient fumés comme des saurés, ça puait le désœuvrement, ils se laissaient couler sans réagir, acceptant de se voir attribuer comme la récompense ultime qui intervenait après 25 ans : le Revenu Minimum d’Insertion (je remercie d’abord mes parents qui m’ont dégoûtés du travail, les études qui m’ont appris que je serais de toutes façons l’esclave d’un lobby, le temps qui m’a permis d’atteindre malgré le vin en cubis et les hallucinantes herbes ces sacrés saints vingt-cinq ans).

 
Qu’allais-je faire ?

J’entrepris de commencer la lutte seule, certaine qu’il fallait bien une première…Vous voyez comme dans les booms quand on a dix ans, les mecs assis sur leurs chaises en rangs d’oignon les joues rouges et les filles riant de leurs sourires argentés. Chacun, immobiles…Puis il suffisait d’une personne remuant son petit popotin, l’ambiance était lancée…

Ou comme à Prague cet étudiant de dix-ans qui s’était immolé pour montrer sa rage qui déclencha la révolution.

 

Sauf que là, ce ne fut pas vraiment ce qui se passa.

J’étais sur la grande place à hurler telle une bacchante, la poitrine libérée, brûlant d’indécence, de non conformisme, levant mes pancartes fleuries aux dessus de visages d’acier infertile.

« Vous n’êtes plus seuls, ne vous résignez pas à être les serfs des nouveaux seigneurs, l’époque obscure de la féodalité gît depuis belle lurette sous vous petons cloués !!! ».

 

Las ! Ce ne furent pas les médias, ni des compagnons qui arrivèrent séance tenante mais un camion gyrophare du SAMU.

Sans avoir le temps de susurrer un ouf, je me retrouvai dans un grand hall blanc enflé d’éther et de rohipnol, la dame blanche me parlait d’une voix sibylline, on me fit engloutir des bulles roses, vertes et bleus en m’assurant que tout allait bien se passer.

 

Les souvenirs défilent…Je n’étais sûre que d’une chose, il fallait que je trouve un moyen d’utiliser les derniers éclats de lucidité pour ne pas oublier, ne pas sombrer dans une vie mort née…Ma résistance serait d’écrire…pour conserver une preuve. Si je ne m’en sortais pas ces écrits constitueraient le livre de l’espoir pour tous ses compagnons d’infortune, ces idéalistes qui, comme moi, se seraient, à un moment donné de leur vie, éveillés et n’accepteraient pas la résignation…Car il n’est pas aisé de ne pas suivre la voie toute tracé que la société a sillonné pour vous, un costume étriqué dont les mesures ne vous correspondent pas.

Si je ne m’en sortais pas, ceci serait la preuve irréfutable d’une lutte acharnée pour demeurer libre de mes émotions jusqu’à l’ultime souffle
 
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