Je cherchais tes mains dans le brouillard du matin. Tu étais là immuable, défiant le temps et le quotidien. Tes yeux cherchaient avidement des terres arides à féconder par ta verve puissante. Tes bras ont saisi ma taille et tu m’a propulsée vers d’autres horizons, plus grands que ceux qu’aucun n’avait pu percevoir. Tu n’as pas d’épée, vaillant chevalier à l’armure de peau. Tu es une bête sauvage à la crinière d’airain. Tes cheveux bravent les déserts asséchés par des pignes de fer rouillés. Ton habit claque au vent.
Nous combattrons côte à côte la nostalgie pour des aujourd’hui arc en ciel et des demains fastueux.
Nous savons que notre avancée sera difficile et semée d’embûches mais nous irons par delà la colline car nous le savons.
Un, deux, trois, nous serons chinois
Quatre, cinq, six finit les saucisses
Sept, huit , Neuf tu auras du neuf
Dix, onze, douze mais tu seras sous la pelouse.
Je t’en prie, réagit, réveille-toi ! Mais non ce n’est pas plus simple de s’endormir. Celui qui t’as dit que la nuit portait conseil est quelqu’un d’une autre époque. Ton sommeil n’a que trop duré.
Viens, prends ma main, je connais de nouveaux chemin, je connais des chansons dans lesquels tu existes.
Suis mes pas, tu n’as rien à faire qu’à être toi, tu as droit aussi à ta part de bonheur.
Par pitié refuse d’être un pion, nous sommes tous les rois de nos imaginaires.
Secoue cette vieille carcasse putréfiée, enlève les croûtes qui freinent tes ambitions.
Je ne couperais pas tes liens car toi seul détiens la force de casser cette chaîne invisible et tenace.
Bordel de merde, dio cane, enrage-toi !
Il ouvre cérémonieusement le tabernacle. Saisit à deux mains un calice reflétant les lumières des âmes enchantées. Il boit frénétiquement le liquoreux saint jus. Il est affamé de vérité.
Ses yeux se ferment avec délice, il essuie lentement d’un linge blanc les résidus de vin, se frotte les babines avec délectation.
Oh seigneur, oh seigneur en ce jour, écoute ma prière.
Fais moi signe, enflamme le buisson ardent.
Pourquoi personne ne répond alors que le crépuscule approche à pas d’ogre.
Y a t’il une mort même pour toi, il ne peut en être autrement.
Quoi d’autre peut expliquer ce si pesant silence.
Que t’avons nous fait de si terrible pour que ta vengeance soit si cruelle ?
Réponds je t’en conjure ou je ne donne pas cher de ce monde.
Je remonte les couvertures tout en haut, j’ai plus chaud. Mes dires sont intrinsèquement emprunts de mon imaginaire transfiguré par une réalité trop lourde, bien trop épaisse pour de si frêles épaules.
J’ai envie de vomir mais je n’ai pas la force de me lever. C’est ce que tu veux qu’il t’arrive ? Non et bien cours, ne te retourne pas. Pointe du doigt les horizons magiques et ne quitte plus ce point de yeux, ne te détourne pas de ton but. Coupe les ronces, tu verras d’autres te rejoindront, tu n’es plus seul. Ca fait du bien de savoir, de sentir que tu ne marches pas toute seule sur le tortueux chemin, crois-moi c’est la bonne voie, la voie sacrée vers la liberté et la plénitude.
Ses paupières sont roses et presque transparentes, il dort, je vois de petites routes bleus parcourir ses pommettes. De petits sillons translucides courent sous ses yeux clos.
Ses narines frémissent et il sourit.
Il rêve certainement qu’il libère une Perséphone des griffes d’un Minotaure. Il porte certainement une peau de loup et des bottes en or.
Il est là et remplis chacun de mes battement de cil d’une absolue féminité dévoilée.
