Je suis parée, pendant trois mois, toutes les nuits quand mes voisins se roulaient dans de petites billes de polystyrène en suppliant Morphée d’être charitable pour une fois, donnez-nous de ce repos bien mérité, je rigolais dans mes moustaches au chocolat. Frottant mes mains et mes cellules grises en ébullition, je dessinais des milliers de plans où s’agglutinaient des kyrielles de savants calculs. Les murs de ma chambre punaisés de tentatives, je me mets à courir nue devant les fenêtres : euréka ! J’avais enfin réussi, ma valise à moteur qui me permettrai de réaliser moult aventureuses aventures était là, devant mes yeux salivant de rêves sur le point de se concrétiser.
A moi les péripéties du voyage, chaque soir devant ma lucarne électroluminescente mon esprit s’était hâté de quitter sa prison d’argile pour gambader dans les steppes d’Arizona, les mers de Spartes, les galaxies grecques, les forêt de Brocéliandre…A force de lectures passionnée l’obsession de vivre avec la folie de l’inconnue s’était emparée de moi.
J’avais réfléchi à la définition de la baroudeuse. Il me fallait un moyen de locomotion saugrenu afin d’attiser la curiosité et la familiarité des autochtones, et oui, c’est que le but de mon expédition était de découvrir la faune citadine. Consciente de la gageure que constituait le fait d’arrêter les trajectoires des hommes pressés, je devais ruser.
J’avais donc étudié avec acharnement le comportement du renard et m’étais exercée à la technique des lunettes de soleil : je disposais de quatorze expressions visuelles allant de la moue boudeuse à l’état de rire intempestif.
Il me fallait un acolyte, toutefois l’encombrement émotionnel qu’impliquait une autre personne me plongea dans une perplexité maussade.
L’excitation de la création retomba comme un soufflet à la fraise.
Passé ce moment, qu’est l’apogée de l’ébullition, lors duquel les baies vitrées de l’imaginaire ont été laissées grandes ouvertes…Un flottement se fait sentir…Je glisse vers l’inaction.
Perdue dans une douce rêverie de promeneur solitaire…J’attendais l’ennui, pas celui qui provoque le bâillement propice à la fuite de l’âme mais celui de l’enfant poussant une roue à l’aide d’un bâton laissant libre cours à une pensée passant par là.
Il pleuvait ardemment ce matin là, je pris un fauteuil d’osier que je plaçai avec soin près de la fenêtre.
Je contemplais le parcours sinueux des gouttes d’eau sur la vitre.
Immobile, je lançais de silencieux paris : lequel de ces deux conglomérats de perles luisantes atteindrait le premier le vieux chassie de bois à la peinture craquelée.
Soudain je pris conscience que la pluie tentait de me faire signe…Elle ne tombait pas, de façon aléatoire, elle élaborait un ingénieux stratagème pour m’aider dans mon épopée.
J’allais prestement chercher une feuille de papier millimètré, ma boîte de couleurs ainsi que mon sextant (bricolé à l’aide du manuel des Castors Juniors 1983) afin de reproduire fidèlement ce mystérieux message :
Voici la retranscription que huit heures de recherches dans mon hypothalamus m’ont permis d’élaborer :

Un grand bonheur me submergea toute entière, la fortune dormait dans mon lit. Mon amie Carpelle utilisait la Nature pour communiquer avec moi.
Ainsi mon compagnon s’appelait Golem !?
Ce nom ne m’était pas inconnu…Ah ! Carpelle ! Mon Golem, tes yeux le voyaient !