mondebullique

On m’a dit que les hystériques étaient des femmes dont l’utérus bougeait car elles étaient en manque de sexe, et que pour soigner ce mal elles devaient être enfilées par des mâles ou alors il existait un appareil : sorte de godemiché troué par lequel on enfumait l’intérieur de l’échevelée afin de calmer ses nerfs.

Je veux être ventriloque, je me suis entraînée pendant des mois en regardant des vidéo de Tatayet. Moi aussi je ferais vivre une petite bestiole pour laquelle je serais démiurge. Hélas, je ne parviens qu’à émettre des sons de monstres grognant en me privant de manger quelques jours afin que de ce ventre sortent les gargarismes de l’ogre qui m’habite.

A la place je sème à tous vents des plumetis de mes yeux brouillés d’impuissance.

Une flotte de bulles irisées suivent mes pas. J’avance sur un tapis roulant. Le gourdin du temps n’a qu’à bien se tenir, je suis invincible. Mon but : courir le plus rapidement possible jusqu’à ma chambre forte où je garde enfermés tous ses baisers ( c’est pourquoi je dois me hâter d’y déposer celui que je tiens au fond de ma poche).

C’est moi qui ai la collection la plus faramineuse, personne ne le sait autrement les pilleurs de bonheur (et ils sont de plus en plus nombreux par ces jours arides) auraient déjà pillé ma réserve.

Je possède environ trois mille quatre-cent vingt huit bises, bécots de toutes les contrées du monde (hihihihi).

L’obituaire est plein de noms inconnus, qu’ont été toutes ces personnes. Toutes blessent, la dernière tue, hum !hum ! Que penser de cette quête sans espoir de je ne sais quel saint graal ?

Les tenthrèdes s’infiltrent dans mon crâne, de petits ronds verts et rouges passent devant mes yeux (c’est parce que j’ai regardé trop longtemps le soleil, m’a dit ma mère).
Je l’aime, l’homme qui connaît des histoires insensées.
Nous gambaderons éternellement entre les rochers et nous faufileront dans tous les interstices afin de dénicher les lapi lapzuli que celui qui portait la lumière divine a laissé choir pendant sa vertigineuse chute.
Je regarde ses mains pianoter les touches du clavier, je n’ai rien à dire, je ne suis pas vide. Oh ! non , je suis même pleine de sentiments contradictoires. Le tri, la sélection neuronale ne se fait pas bien, c’est tout.
J’ai envie de sortir, rire, profiter avec lui de cette journée.
Partir en camping, faire l’amour sous la tente, courir en riant sous une pluie battante.
Mon destin, loin d’être tracé, me semble tellement incertain que cela me paralyse.

Les fenêtres de ma chambre claquent, je me lève, terrassée par les zébrures blanches martelant le ciel.

La pluie tombe en trombe sur le balcon.

Puis je cours frapper à la porte de Monsieur Volumino.

Il porte une robe de chambre en cachemire pourpre et simule la fumée d’un cigare cubain :

-         « Vous en voulez un ? Regardez mon coffre en est plein ! »

Je souris, sa présence me rassure

-         « Puis-je entrer ? Voyez-vous j’ai une sainte horreur des soirées d’orage »

Il a l’air surpris et me toise avec circonspection :

-         « C’est à dire que, ma jolie, je suis en pleine création  mais revenez dans quelques minutes ; »

Il me claque la porte au nez sans avoir attendu de réponse de ma part, il me semble avoir remarqué des piranhas accrochés à ses oreilles (drôle de type).

Hier j’ai rencontré un écrivain, il avait tant de mots mirifiques dans sa besace…Il est étrange. Il est féru de cocottologie, porte un manteau en peau de léopard, il pose sur moi un regard surnaturel.
Ce personnage grandiloquent a laissé sur mes sens une impression nouvelle, nous avons discuté ou plutôt, devrais-je dire que j’ai bu sa verve tantôt comique tantôt empreinte de vérité. Ses histoires sont abracadabrantes mais je veux y croire.
Je suis recroquevillée dans un coin de la cuisine, j’ai si peur, je rogne un petit chiffon. Je tiens mes genoux cagneux entre mes bras. Mes sens ne répondent plus. Serais-je un jour une femme ?
Eclats de rires, badinages, papotages jusqu’à des heures indues sous les lampions de la fête : je vous aime tant.
Dans le petit salon, c’est l’heure du thé, le temps s’arrête.
Dans toutes les villes il y a des jeunes autour des épaves de bagnoles. Ils ont les mains pleines de cambouis, sont sans cesse en train de rafistoler cette vieille carcasse afin de partir, exporter leur ennui au soleil.
Ils rêvent, une bouteille de sky à la main de se trouver une bombe latino avec laquelle ils frimeront sur le générique de fin d’un film américain.
Quand auront-ils terminé de réparer ce tas de ferraille ? montre-moi que c’est vrai, que ta coupe affro n’est pas un leurre.
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