mondebullique

DSC01249.JPG DSC01256.JPG DSC01190.JPG  Il bondit vers le ciel...je l'ai vu s'envolersur le macadam parcourir 1000 lieux en quelques secondes
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Il y a quelques semaines avec notre compagnie de joyeuses danseuses de bharata Natyamn
« Le Bharata Natyam » du sud de l’Inde, qui allie harmonieusement, musique, mouvement de danse pure et expression proche du mime

nous avons fêté Diwali 

http://khushi.oldiblog.com

Suite à la préparation d'un festival, la rédaction d'un scénario de BD, il m'est assez difficile de mettre des articles en ligne en ce moment cependant vous retrouverez de nouvelles aventures avec un nouveau roman à épisodes : "Les filles ne savent pas pleurer" et des extraits d'une nouvelle collaboration avec Patrice Leroy pour "Hainologie"....à très bientôt (début mai)

 

A l'ombre des paluviers la peau de mes mollets se couvre de dessins,
ombres biscornues qui agissent en moi comme une berceuse...l'air a une
odeur de frangipane les rais du soleil plongent des éclats d'or dans mes
rêves...je coule le long du tronc soyeux et ferme...
Les paluviers ce que j'aimerai voir un de ces arbres car je saurais
que je ne suis plus dans un bureau au design acier terni...mes doigts ne
chercheraient pas les touches pour tromper mon cafardeux état
lymphatique, et je saurais que je suis avec toi...au lieu d'être cette amphore à
merde (le service publique engage des agents afin que tu puisses lui
refourguer comme au prêtre ou au psy toute la merde qui te colle au corps
et repartir léger dans le chaos de ta vie).

Ce matin le ciel m'a, une fois de plus ouvert les bras, étourée de ses
couleurs symphoniques...heureusement que la nature m'aime et me
protège...ce matin j'étais pelotonnée dans mon grand caban vert, recroquevillée
comme une petite chatte sur le siège vert cradingue de transpole...des
néons hôpital donnaient aux gens des reflets de fantôme de la nuit qui
rentreraient se coucher pour réapparaître demain...Car ce n'est pas
possible ces gueules cireuses ne peuvent pas être en vie, être des humains
ou alors que faire ?

Ce sont des hommes d'argiles à allure giaccomettienne qui filent,
tamponnent, glissent comme du sable sur une table chinoise, leurs couleurs
se sont évaporées (ailes de papillons : ils ont été trop frottés et les
couleurs poudres merveilleuses ont disparu alors ils doivent se
colorier comme dans un film de hollywood 1950)  

Ce soir on était tous les quat’ au bar tabac d’la rue des Lilas. Y avait Jojo, l’décapsuleur qu’on l’appelait c’est à cause qu’il avait ouvert la cafetière à autant d’mectons que de bouteilles de Picon-bière. Mis à part ça, lui l’turbin y connaissait pas. Y mendigotait chez les snobinards avant de leur chouraver toute l’oseille qui s’étalait devant lui comme une poule de luxe chez madame Claude.

Mais ça c’était avant l’mitard ! Sa grosse, la Gertrude, s’était barrée avec un zouave, depuis, ce pauvre bonzhomme y v’nait ici pour se remémorer ses coups d’jeunesse, quand c’est qui s’en était foutu plein la poire.

Pis à coté d’lui à rigoler comme un pohu, y a Momo l’Métèque, les poches trouées mais débrouillard comme pas deux et toujours à s’marrer à s’en découdre la panse. Y vous disait tout de dret s’qui pensait d’votre trogne et si ça vous va pas, ben c’est kif-kif, y fallait pas s’laisser emmerder. Par contre si l’michetot y ramenait sa fraise de trop ou qui traitait mal un d’ses potos, là l’Momo y dev’nait tout rouge et y f’sait pas bon traîner dans là.

Mais aujourd’hui c’est l’jour de la quinzaine, car ça ouais l’Momo y s’faisait pas d’lard. Y travailler comme lampiste, y voulait pas devoir un pédzouille à la vie. Quand y avait d’la fraîche, tout le monde était rincé ; y savait faire plaisir.

A coté d’moi, en face du taulier y a mon Gudule, un ancien boxeur, c’est un sacré mastard mais y a l’palpitant aussi gros qu’ses biscottos et pis y m’aime, va m’faire guincher tous les samedis (on tourne, on tourne à en devenir ivre sous les lampions qui deviennent un tourbillon coloré), y m’paie des toilettes avec des tas d’rubans d’satin qui volent dans mes pas : ça lui plait qu’sa donzelle elle ait des froufrous de falbala et qu’les yeux des merlans y brillent quand y la ballade à son bras sur les quais d’l’avenue des Alisées.

Y m’chante qu’on partira quand c’est qu’y sera devenu un richard.

Et y moi, Francine, la femme à Gudule, tout c’que j’veux c’est des mouflets, des vrais à cajoler, des qui s’mouchent dans vos jupes, des aux joues rouges comme des pommes. Pis j’rêve d’aller voir jouer Marc Dormo au Pathé, j’aime bien le cinématographe ; çà fait des voyages pour peau d’balle.

C’est sûr que ça m’plairait d’aller m’faire dorer l’cul au soleil mais j’suis réaliste ; j’préfère avoir des rêves à la hauteur de mes moyens et la liberté ça coûte bien trop cher pour ma maigre bourse.

Mon mecton, un p’tite maison, des tétards et un épluche-patate…tant qu’on rigole.

En c’moment mon Gudule y est plus pareil, y fait rien qu’à gamberger, moi j’y dis qui va finir comme Jojo. Si y s’fait pincer, on s’ra bien avancés, j’y ai déjà dis que j’irais pas l’voir au parloir.

Mais comme j’veux son bonheur, ben j’me r’trouve ici à faire des plans sur les comètes, à echaffauder un coup fouré ; du tout cuit qu’y paraît.

Sur la table y a du pinard et du poulet, y griffonnent des arsènes lupaneries sur la toile cirée, et qu’c’est moi qui devrait la récurer car j’suis serveuse dans c’rad.

Ca m’fout en branle de les voir s’exciter et m’prendre pour un cave.

Y s’donnent du clin d’œil à tour de bras, y s’tappent le dos toutes dents dehors à s’décoller la rate.

A minuit, on s’dit tous au revoir ; y z’on des étoiles plein les mirettes, « l’alcool » que j’sors « c’est pas bon pour la réflexion ».

Mon gudule y m’bassine avec des faut pas t’faire de mouron poulette, pisque Jojo y a assuré  qu’c’est du gâteau. Un casba d’Espagnols toujours en vadrouille bourrés d’flouze, qu’même à nous quat’on ne saurait pas comment tout dépenser, on va s’en mettre plein l’falzard et on vivra comme des pachas sur l’île que je voudrais et y m’les f’ra nos mouflets, pis même qu’y z’auront l’cul tout nu comme les gosses qu’y sur la publicité.

On aura un hôtel face à la mer, Jojo y f’ra la sécurité, Momo y f’ra guincher les baronnes, lui y s’occupera d’la trésorerie et moi, ben Moi, sa reine, j’aurais qu’à avoir les doigts de pieds en éventail avec du rouge sur mes orteils.

J’le laisse s’emporter, c’est que c’est comme ça tous les dimanches, pis l’lundi y s’lève, y m’baise le front et y part au turbin.

Sauf que c’matin y est pas allé, y s’est bien l’vé, t a fait l’café, y pris tout un barda et y’est parti la fleur au fusil…

Moi j’attends dans la cuisine, j’suis là à m’ronger les sangs, j’sais pas comment occuper mon stress, j’ai briqué toute la piaule. Il est minuit. J’ai passé toute la journée à ruminer et à chialer de si y rev’nait pas.

Mais y se sont ram’nés avec leurs airs valaques, y z’avaient saqué le blé de ces bourgeois.

Main’nant y fallait qu’on s’barre à l’anglaise et mes cheveux qui étaient pas faits, ça me donnait un air sauvage, ça urgeait, y s’avaient pas l’temps d’attendre madame qui prenait déjà des grands airs (ils avaient des visages radieux, et des bouches pleines de joie).

On a filé sur l’autostrada avec la tire à Momo qui était plus heureux qu’jamais ; y allait r’voir sa famille.

On a roulé à toute blinde, pris le bateau pour Tunis, là-bas y avait plein d’soleil et du sable si blanc qu’il t’aveuglait si t’avais pas ces ray-ban que Momo y nous avait acheté à tous.

On cours sur la plage, on s’en fout plein l’ventre et mon mecton y m’sort le grand jeu avec tous les tagada tsoin tsoin, même qu’il est encore plus beau que Marc Dormo.

C’est là qu’j’ouvre mes persiennes sur l’écran noir et l’ouvreuse vient m’troubler, y vont fermer qu’elle me dit.

Je r’mets mon manteau, je souris au ciel qui est bleu comme un paquet d’gauloises ; j’pense à mon Gudule.

Quand j’rentre, y sont là tous les trois, y font une belotte, y a Jojo l’décapsuleur qui sait p’us quelle heure on est, « l’heure qu’y était hier à la même heure » : ça c’est Momo l’métèque qui frime devant la belette qu’y est sur ses genoux et y a Gudule qui est tout héberlué quand j’lui susurre qu’c’est mon aventurier. Pis y a moi, Francine, la femme à Gudule qui va s’piauter, car c’est pas tout d’ça mais ça crève d’imaginer.

La vieille dame au foulard fané joue une musique extraordinaire, personne n’y fait attention, pourtant c’est grâce à ses talents que les mœurs adoucies profitent d’un petit vin gris sur cette place baignée de soleil.

Ils rient de ses chicots, son dos voûté, elle approche une main racornie :

« Pour la musique ! »

La main hautaine à qui s’adressait la musicienne jette une pièce de fer blanc près de l’égout et les doigts grassouillets applaudissent les cabrioles que la pauvresse exécute pour ramasser la ferraille.

Elle les regarde, la buée qui s’empare de son regard l’empêche de voir ce tourbillon d’injustice : personne n’est ému, personne n’accepte le don ; ce joyau musical qu’elle voulait offrir en échange d’un sourire.

Elle ne s’est jamais sentie aussi vieille, aussi inutile, aussi marginale que ce doux soir de juillet.

Vieille dame enfermée dans la spirale de la solitude.

Roberte a connu la seconde guerre mondiale, elle avait quinze ans, elle a fait de la résistance, elle était coursier c’est à dire qu’elle acheminait des lettres codées à des guérilleros libérateurs au péril de sa vie. Elle a même failli se marier avec un officier anglais, maintenant elle serait femme choyée d’un ingénieur en aéronautique dans son cottage trop fleuri mais elle n’a pas osé.

C’est à cela qu’elle pense sur le chemin qui la ramène dans son taudis rue des Lilas.

Son chien, Bidule, le seul être vivant qui la comprenne est atteint d’une maladie psychologique : il marche en tournant et en se mordant la queue. Bidule suit une psychothérapie, ce qui fait d’elle le personnage farfelu du quartier.

«  Le chien est le seul animal qui apprécie plus la compagnie des hommes que celle des êtres de son espèce, de plus il sent, avant que son ami l’homme ne le formule, ce qu’il souhaite »

Voilà ce que se dit Roberte, feignant d’ignorer les rires fous qui emplissent l’air.

Elle se parle à haute voix pour ne pas être seule face à ses bouches distordues.

Arrivée chez elle, elle trouve sur le seuil de sa porte une poignée de cailloux pailletés. Elle les serre contre sa poitrine. Cela fait rire encore certains badauds, mais elle, cela l’émeut car elle sait qui les lui apporte et ce que cela signifie (il faut toujours voir la fonction symbolique de l’objet et non l’objet lui-même).

Une jeune fille aux yeux d’ambres déposait, chaque dimanche de petits cailloux brillants sur son seuil…Roberte se confia a un vieux clochard juif, un jour, alors que celui-ci lui parlait d’une étonnante princesse chevauchant une valise à moteur. Il lui raconta une étrange histoire : dans la tradition juive, les tombes se situant dans le désert, on ne pouvait y déposer des fleurs. On rendait donc hommage aux êtres chers en disposant de petits cailloux sur les stèles. Elle comprit alors que chaque dimanche la jeune fille lui prouvait son amitié en lui offrant les plus beaux bouquets

Plongeon dans les pensées de Roberte.

Une nuit elle vit un tourbillon violet, puis deux grands yeux s’allumer sur un visage poupon encadré de plumes rouges, son chien, bizarrement n’aboyait pas il léchait le visage de cette apparition en glapissant.

L’apparition s’évanouit en quelques secondes, les fenêtres s’ouvrirent, un papillon bleu s’engouffra dans le courant d’air, non, il s’agissait d’une feuille de papier qui après quelques loopings vint finir sa course sur la table. Roberte, abasourdie, s’approcha, un message s’était posé sur ses lunettes.

Elle s’empressa de lire :

« Recherche mamie jouant du violon pour faire sautiller les troupeaux de chiens volants du monde bullique. Si cette annonce vous intéresse déposez une fleur juive dans la bouche du lion de la fontaine guillemette.Signé : la fée bullique ».

Heureuse, Roberte sortit dans la rue, elle dansa, ria…Ce qui ne manqua pas d’interloquer les passants (comment se fait-il qu’une vieille dame en haillons, édentée et laide puisse être si gaie ? C’est sûr, elle a trouvé un gros magot !!!). Ces derniers, cupides à souhait, s’enquérirent de façon mielleuse de l’endroit où se rendait l’affreuse, certain d’y trouver le pot aux roses.

Naïve (pas tant que cela, vous allez voir), notre amie leur montra le billet envoyé par la fée.

Une meute d’assoiffés s’emparèrent de Bidule, ligotèrent la malheureuse sur une chaise devant la fontaine miraculeuse. Ce fut un défilé de merveilles fleuries, la nouvelle s’étant répandue à des lieux à la ronde, on accourait des quatre coins du pays, les bras chargés des fleurs les plus rares…Rien ne se passait, la vieille riait, riait comme jamais elle n’avait ri.

Les hommes ayant une tendance défaitiste se lassèrent rapidement de ce trésor et trouvèrent d’autres chats à fouetter. Ils libérèrent la vieille sorcière sarcastique, la rouèrent de coups et laissèrent son chien lécher les plaie de sa maîtresse.

Celle-ci sortit soudain une petite pierre de granit, et alla titubant, aidée par Bidule la poser délicatement dans la bouche du majestueux lion.

Une lumière irradiante fit se retourner tous les quidam, il n’y eut pas de feu vengeur car là n’est pas le propos de la fée bullique.

Roberte atterrit sur une nappe de perles de rosée, le visage qui s’y refléta était plus radieux que le ciel du sud.

Elle se leva et sentit une vague de bien être l’envahir, un parterre de chiens aux yeux brillants de plaisir glapissaient et sautillaient autour d’elle et de Bidule qui comme ses nouveaux amis se voyait doté d’une paire d’ailes aux poils soyeux. Roberte pris son violon et joua un air entraînant, les chiens volants s’élancèrent dans les airs. Roberte les regarda danser pour elle.

La lumière traversait le tamis du temps et déposait de jolis amas d’étoiles sur les lunettes de la gardienne des chiens volants.

(Ciam Pelice Alauna) Il n’y a pas de Captatio Benevolentiae

La jeune fille est là ! assise en face de moi ; elle a juste trente ans. Ses yeux de tungstène, dont le flamboiement des pupilles, irradient son fascinant minois. Les mains fébriles agitent la paille entortillonnée entre ses doigts, filaments rouges. C’est une de ses beauté singulièrement honteuse.

Elle psalmodie en regardant par la fenêtre du café sur laquelle elle a collé sa joue de feu :       « Rires amers de ces ombres fades me donnent la nausée » (elle a un accent italien) J’allume une Peter mais je ne la porte pas à mes lèvres souillées des paroles hypocrites que je viens de lancer à l’un de ces automate.
Je contemple ma cigarette,
Elle a le regard nulle part,
Le feu la caresse,
Volutes
Emportées dans l’air putride, ses yeux suivent les tourbillons, je distingue des formes sur lesquelles elle s’amuse à coller des noms.
A présent elle s’est consumée…ma vie lui ressemble t-elle ? Trop ? Peut-être…cendres de débauches passées.

Je lui demande :
-        « C’est quoi pour toi, la vie, petite ? »
Ses lèvres murmurent :
- « Le réel s’est troublé…C’est comme si je scrutais un paysage perdu dans le brouillard (groggy). Je m’efforce à ne penser à rien ; j’empile des mots les uns à la suite des autres babellisant le vide de ma vie {anacoluthes}, aucun sens, en fait ce flot perpétuel de parole est l’exact reflet de mes actions. Je marche, cours, fuis, titube sans réellement parvenir à me relever. Ce serait la réponse que je te ferais si tu me demandais ce qu’est la vie ! / L’ignorance est-ce cela le secret du bonheur ? Si j’ignore le mot souffrance… »
Je ne l’ai pas, de façon anodine, écoutée, je m’émerveillais du tremblement de sa bouche d’où de petits bouts de nacres apparaissaient et disparaissaient. Ses paroles, je n’en ai cure! Je reluque ses petits seins pointant le futur, ballottant des promesses à mes mains excitées. Un peu pour la séduire, je me lance dans un monologue de circonstances.

- « Je comprends, moi aussi j’enfile…Comment définir ce mal être ? Je l’ignore (conscience d’attiser son attention en me la jouant rive-gauche) ce que je sais c’est qu’il me paralyse, ces pensées qui caracolent ne voulant rien nous dire, mon esprit se torture mais aucune lumière n’en émane. Jadis l’intelligence et la joie jouaient en mon visage. J’ai perdu la foi et les cruelles espérances, jetées ça et là. Je compose des vers de gris que moi seul entends, je peins (avec frénésie) des ignominies qui, à mes yeux seuls, sont des Opéras d’Arte. Je n’ai plus la force de jouer la comédie du bonheur. Ce que j’aime ? Laisser vagabonder mon esprit, le soir que la lune berce, assis sur les toits tel le hussard. J’écoute la symphonie des étoiles -astrée-.Je ne veux laisser s’immiscer en moi la tristesse pourtant elle demeure ma seule amante qui de son beau fouet me rosse. »
Sur ses joues une larme a perlé, ma main apaise son front brûlant. Ses cheveux volettent autour de nous, nous échangeons un baiser de plumes.
Au-delà des lunes artificielles
Brillent d’un éclat radieux
Les regards supranaturels
Qui sèchent les gars ambicieux
Au-dessous des célestes appeaux
Tintillent d’un geste parlant
Les voix blanchies par les mots
Et, là, sursaut, comme en soie
Nous rosissons des papiers, sublimes
Perles d’une nuit mordorée.
L’histoire commence à midi. Ils avaient décidé d’emmener leurs emportements en dehors des murs de cette cité qu’elle n’avait pas quitté depuis près de cinq mois.
Imaginez qu’ils se soient rencontrés à cette époque…cela signifiait que leur amour n’avait pas été exposé à la lumière flaubertienne. A aucun moment. Elle réfléchissait au mandala des pleurs ; si sa mémoire est bonne cela donnait à peu près ceci :
« Enfermés à l’intérieur de l’extérieur, ils errent un mégot allumé dont ils ne tirent même plus les bouffées. Une bière ferrique vide depuis des lustres qu’ils serrent contre leurs poches décousues…bien conscient que de cet envoûtant breuvage elle ne se remplira plus. Ils n’échangent pas le regard, pâles miroirs où la voie n’est plus lactée. Des rats surgissent du dessous, remontant à la surface matérialisant le néfaste. Dans le mandala des pleurs, ils sont partis, spiralants, titubants, mus par un on ne sait quoi vers le centre où rien, rien, rien, rit…et ils savent qu’ils se dirigent inéluctablement vers ce rien mais ils n’osent plus reculer. Ont oublié l’espoir de se décentrer et ces autres ? oubliés, eux, êtres dé-charmés ne leurs ressemblent plus. Ils gisent, pantelants, et aucune pogne, aucune étoile ne vient luire sur eux. Les regards se détournent car nul n’ignore qu’il est très difficile de ne pas se laisser emporter par le vortice ».
C’est à cet instant précis qu’elle avait sursauté. Quelque chose d’indicible lui avait sauté à l’imaginaire, un vendredi soir dans son deux pièces cossu ; l’odeur persistante des émanations de peinture continuait à laisser l’impersonnelle sensation de demeurer étrangère ( ce malgré les bougies et les conseils déco de Cosmopolitain).
Bien plus, elle avait la malsaine impression quand elle tournait la clef, perpétuellement tétanisée par le stress d’une quadrature d’entreprise à la gestion américaine, de pénétrer par effraction dans un appartement témoin.
Ce lieu dépourvu de sentiments de vie finissait par la faire ressembler à un mannequin de cire automatisé. Déjà que le sempiternel mais tellement réel METRO-BOULOT-DODO l’hé bitumait dix heures par jour : elle s’extirpait d’un sommeil agité après avoir appuyé jusqu’au dernier cran sur la touche « plus tard, encore une minute » du radio-réveil. Les mains moites, le souffle court, l’estomac contracté, elle passait rapidement en revue son apparence dans le miroir Ikéa du salon, cachait ses cernes sous une couche de Dior, arrangeait ses cheveux en un chignon et houspillait cette mèche qui la retardait. Elle ne déjeunait guère, ne prenait pas le temps (en avait-elle ?) puis elle sortait rapidement désembuée des restes de rêve par le froid et la grisaille quotidienne. Là commençait le processus de déshumanisation : prendre le journal gratuit, chercher sa monnaie tombée au fond du sac, insérer un euro vingt dans le distributeur transpole, prendre son ticket, composter, se laisser monter par l’escalator, attendre…les portes s’ouvrent, des gens sortent, d’autres (elle y compris) s’engouffrent, trouver une place assise ou debout, lire un article :
«LA FIEVRE DU 53.
En Italie, les joueurs de loto sont saisis par la folie de ce numéro. Le rêve d’oublier tout souci d’argent rend fou les Italiens qui n’hésitent pas à jouer des centaines de milliers d’euros sur le « 53 », un numéro qui n’est pas sorti depuis 178 tirages. Les plus grands mathématiciens du pays ont beau répéter que le « 53 » pourrait jamais sortir, expliquer la subtile différence entre fréquence et probabilité, les gens continuent de jouer avec une frénésie sans précédent. Le ministre de l’économie en personne, D.S., est intervenu : « Jouez, certes, mais avec modération ». Et les psychiatres s’alarment de l’augmentation des cas de suicides qui seraient liés au numéro maudit. Un retraité florentin a tiré sur sa femme et son fils avant de mettre fin à ses jours. Une mère de famille toscane s’est jetée à la mer. Le loto est une vieille tradition italienne, en particulier à Naples, où se pratique l’art divinatoire de la « smorfia », basé sur l’interprétation des songes. Selon un site spécialisé, pour le 53, il faut rêver d’Agatha Christie ou d’un voyage en bateau. »
Sortir du métro pendant que d’autres la bousculent pour s’y engouffrer, se laisser monter par l’escalator, courir sans haleine pour attraper le tramway de 8h45, lire son horoscope :
« Bélier :
- Vie professionnelle :
- Amours :
- Santé : »
Rejoindre son poste informatisé, faire des bises accompagnées d’un vous allez bien, oui, et vous, allumer le computer, aller chercher un café détartré le temps que les sessions s’ouvrent, lire ses mails, être sociable avec ses collègues, motivée, adaptable, performante, atteindre ou non ses objectifs.
A 18h00 même énumération mais à l’envers.
Alors, le soir, sur son petit secrétaire au mille tiroirs secrets niché près du velux, éclairée d’une rosée jaune, elle avait écrit :
« Pourquoi sommes-nous devenus une société décadente ?
La nature humaine m’étonne encore parfois ? Sans cesse mon esprit se trouve partagé ou plutôt devrais-je dire déchiré, étoupé, décharné.
Je me retrouve un peu dans l’Albatros : partagée entre le désir de m’échapper, m’envoler vers un monde bullique – ce dernier me correspondant puisque je l’ai inventé- Il est fait sur mesure pour mon âme amère ! et l’irrépressible besoin d’être aimée, donc de m’intégrer au sein de cette société paradoxale. Un mélange de puritanisme, tradition, mentalité judéo-chrétienne et de comportements déviants, discussions virtuelles, enfermement ; aujourd’hui le divertissement Pascalien n’est plus au goût du jour ( la télé-réalité nous prouve qu’on cherche à épier comment vivent les autres ?), le virtuel remplace le vital.. Plus de tellurisme…On rêve sa vie au lieu de vivre ses rêves. (et on applause bitte).
On ne se touche plus, on ne partage plus rien de personnel, peur de donner à l’autre le             «bâton» pour se faire battre. Les rapports humains sporadiques, mono chromiques, DRHisés, fugaces me lassent.
Pourquoi ne plus chercher à découvrir cet autre qui est nous ?
Je feins de l’ignorer car dans ma boîte crânienne, en ce moment, c’est le chaos !!! Etrange et malsaine impression que les cavaliers de l’apocalypse chevauchent mes liaisons neuronales.
Faire le point, focaliser : impossible, les images demeurent brouillées car tout change si vite, si urgemment que l’image m’échappe…peut-on analyser le mouvant ? Seulement tenter de ne pas le subir, continuer à cueillir les roses d’Homère, profiter pleinement de l’instant.
Difficile à quasi trente ans, lorsque son avenir reste l’énigme du Big Bang, de se poser, toujours être en mouvement même pour brasser de l’air.
Certitude de me Dom Quichottiser. »
Deux mois auparavant, elle écrivait dans son journal.
« Spirale de l’échec existe t’elle ?
Je pense m’être enfermée moi-même, la réussite je ne connais plus. Plus de moteur, mes mensonges ont fait en sorte que les autres croient que je vais bien, que je suis lucide mais au fond je sais bien que je ne suis qu’un trou avide qu’il faut remplir ; ce qui semble inutile puisque sa fonction est d’être vide éternellement. Je me promène. Il est là. J’entends son rire grinçant, je n’aurais jamais pu penser avant qu’un rire puisse parlait mais il est très compréhensible. Je sais qu’il sera toujours là, le seul qui ne me quittera jamais, c’est bien Il ou Elle : l’ombre masculine qui plane sur moi.
Je feins de l’ignorer tout en étant persuader qu’il ..sait. Je prie pour que son souffle ne lèche pas ma nuque…La sueur suinte de tous les pores de ma peau…je ne peux empêcher mon corps de trembler…mes yeux furètent de tous côtés…Où est-il ? Pas derrière moi.
N’avez-vous jamais eu l’impression d’être suivi ? alors vous me comprenez. Son ombre grandit sur le sol, elle rampe, emplit la pièce : pourtant elle est à l’intérieur, en moi.
Ce n’est rien, il n’existe pas ! ! !
Si puisque je sens sa main serrer mon cou.
Respirer…vite…ouvrir les stores, les fenêtres, de l’air…respirer…allumer, tout ; lumière, la radio, la t.v., lire, il est toujours là, je sens son rire encore, je ne peux voir son visage mais lui peut lire la peur sur le mien…fuir, descendre 4 à 4 les escaliers/ Qui est-il ? Si je connaissais son nom je pourrais le vaincre, mais il n’est pas réel. C’est une projection fantasmagorique d’une pauvre fille dépressive.
Voir quelqu’un du monde de réel…vite, putain, mes clefs ?
Je m’effondre sur le lit aux draps froids et moites…des larmes, des cris et des pourquoi s’échappent d’un moi incontrôlable ! Comment le semer ?
Pourquoi ne pas l’attendre tranquillement, le laisser s’approcher…et après, après, qu’arriverait-il ? Je sors, les yeux des autres sont rivés sur mon regard cerné. J’entre dans le premier rad ouvert « le traquenard », les autres sont là, la lumière artificielle me rend encore plus blafarde.
Le D.J. diffuse un rythme techno, les autres sont agglutinés sur la minuscule piste de danse. Corps qui se frôlent frénétiquement. Je me mêle à eux pour respirer ce parfum familièrement acre…subtil mélange de sueur, d’après rasage et d’alcool. Je voudrais qu’un de ces autres me remarque, qu’il me serre fort contre lui…Un type s’aventure, hélas ! ! :
- « Je t’offre un verre, la miss ? »
Je ne réponds pas, je suis ce branleur dont la description serait inutile. Il ne m’offre pas de tendresse mais m’attire contre son chibre, j’ai la nausée, j’avale trois vodkas violette pour oublier…Non je n’y arrive pas. Je m’arrache à son étreinte, quitte ce traquenard en courrant sans me retourner.
J’erre dans une rue sombre, que faire ? »
ELLIPSE
FOCALISATION INTERNE
« Depuis ce matin je cours frénétiquement, où ? Chercher un job, un appart’, une assistante sociale, remplir : papiers administratifs, formulaires (pourquoi ?)
Midi, déjeuner chez B. avec M. discussion également frénétique, débit saccadé et rapide. Je porte une robe jaune en mousseline et des sandales aux liens fins et sensuels : est-ce un bon début dans la vie active ? En tous cas je joue le rôle de la jeune femme ambitieuse et souriante qui veut décrocher un poste et enfin s’insérer dans la société ( un acteur doit savoir tout jouer).
Je décroche deux rendez-vous avec une voix sirupeuse digne d’une opératrice 3615 ULLA. En fait je me rends compte que courir sans but, me permet au même titre que l’alcool de ne pas penser à qui suis-je réellement ? Je crois ne plus avoir les moyens de cette quête, désormais je serais ce que cette pute de société voudra que je sois. Merde à tous mes principes, la faim motive parfois et vient à bout de toute personnalité… Et si je ne rêve plus, eux, ne pourront pas m’avoir. Vous avez déjà lu 1984 d’Orwell ?
Ne leur montrait jamais ce que vous êtes vraiment ou se sera la curée. Jouez, jouez la comédie, inventez, simulez, grimacez, surtout pas une larme ni une once d’humanité.
Ils vous disent « Ne vivez pas, c’est dangereux ! » et comme des cons nous disons oui chef, merci chef ! Ignares et crétins que nous sommes.
Je croyais en vous, frères humains, je vous aimais.
A présent je vous hais et bientôt vous m’indifférerez.
Société tu m’emmerdes avec tes principes à la mords-moi le nœud, tes obligations : interdit de fumer, interdit de rire trop fort, interdit de se bousiller la vie, interdit de choisir. Tu dois travailler, aimer tes collègues, avoir 2.1 gosses, croire en un Dieu, une Eglise. Va te faire foutre avec tous tes principes, je vomis tous tes idéaux. On nous berne avec des illusions d’un magicien incompétent. Si au moins tu avais été un Houdini, si tu ne m’avais pas permis d’être clairvoyante.
Pourquoi les ficelles de tes marionnettes dont-elles si visibles ? Pourquoi l’espoir est-il resté dans la boîte de Pandore ? Crève ! Pourriture ! »
Elle avait couru avec rage et larmes, à poings fermés.
Puis elle avait, par hasard, poussé la porte de ce petit troquet aux vitres chaleureuses. Il y avait un homme accoudé au bar, leurs regards s’émurent instantanément. Il avait des airs Dandy.
Elle s’était approchée et tout de go lui avait annoncé la couleur en un souffle : - « L’errance est éreintante » Puis elle avait planté ses mirettes dans son regard acier. Il ne parut pas surpris, ni choqué mais ça lui brûlait, assailli d’émotions oubliées. Il l’avait, d’un sourire franc, invité à s’asseoir, elle avait commandé un diabolo fraise, lui avait repris du vin.
Ce soir là, ils avaient sursauter…Car ce que vous ne savez pas encore, c’est qu’ils possédaient à leur grand damned un humanisme empathique et qu’ils étaient ce que l’on nomme encore de grands sensibles. Et depuis cinq mois leurs cœurs battaient la chamade, ses joues s’empourpraient, son sang à lui pétaradait ils étaient amoureux comme jamais.

Rires tintillant dans l’escalier, gaz d’échappement, les jeux sont faits, ignation, la peau frémit, play, un mot français, starting bloc, un mot français.
 
Assise sur les tabourets des bars de Lille, je plonge dans les méandres des quidams... Le réel et l'imaginaire s'entremèlent laissant apparaître la faille du sentiment humain. Chaque être même celui qui semble le plus vide a une histoire à raconter et la capacité de vibrer encore et encore...
 
Je veux savoir...Est-ce que tu vibres quand d'une plume on te caresse le ventre ?
Vous arrive t-il, parfois, de chialer le soir, fourrant vos larmes sous votre oreiller ?
As-tu envie de crier, danses-tu, penses-tu à moi après que mon regard ait croisé ta main ?
Quelle impression aurais-tu si je te frôlais du bout des doigts ?
Oserais-je ?
Je rentre dans ce café à la baie vitrée comme si j'allais à mon cinéma intérieur. Et je te suis...
Plongeon...

Je fais des herbiers à odeurs. Je me ballade, prends en catimini de petites feuilles que je cache dans mon tablier puis à l’aide d’un caillou à paillettes je frotte les feuilles récoltées, une à une, sur des buvards roses. J’hume les odeurs afin de m’évader de la puanteur de la ville.

Je danse, virevolte dans ma chambre brandissant mon trésor aux ombres de mes meubles et je m’endors serrant mon petit cahier contre mes joues rougies par la chaleur de l’évocation des images que me procurent le vol que j’ai ainsi perpétré incognito.

Je joue du piano sur les pâquerettes, les raies du soleil raisonnent comme les cordes du Stradivarius sur mes jambes reconnaissantes.

J’offre ma poitrine remplie aux dieux telluriques, je me rêve renégate, guerrière, prêtresse inca, vestale.

Mes pupilles se dilatent à la vue de Méphistos que je prends pour un cumulo-nimbus se moquant de ma bouche si peu charnue.

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