
Des ronds, des ronds, des arrondis, des ballons de rouge à mettre autour des colliers de perles de rocailles…
Des pendouillis à mes oreilles de taffetas bleu turquoise, des bas de lin blanc…
Des filaments d’orée, à la lisière de la rosée…Pourquoi pas à minuit quand les chats sont verts de rage car ils ont découvert qu’il n’y aura pas assez de souris à mettre sous leurs pattes.
J’allume et éteins mon bic pour faire venir les idées…Rien.
Deux petits globules diamants de faussaire qui furètent de tous cotés où pétale son intelligence.
J’oublie qu’un stylo n’est pas une pompe à imaginaire.
Les mèches folles claquent l’air…
Que vois-tu dans les nuages ?
Que vois-tu dans le ciel ?
Les waf-wafs des cleps chevauchant la lune.
Les ruelles pavetées de fuschia me baladent, dans les herbes mauves je laisse de petits pas et je scrute les reliefs pégasiens de ma promenade.
Je réfléchis sur les traces des rouges à lèvre indélébiles. Ils n’en finissent pas de tâcher les cols d’une blancheur immaculée des chemises de mon amant.
Mon imaginaire me questionne :
- Quelle trace veux-tu laisser derrière toi ?
- Des effluves de féminité, ou des pensées percutant les esprits trop assagis…
Mon cerveau tourbillonne, ma raison ne répond plus, je m’embourbe dans des explications qui ne sont que des ronds dans l’eau.
Surprendre, fasciner, sublimer, cela est ardu…Faire en sorte que les chats verts que je rencontre ne me laissent pas que des étoupes de poils irritant le fond de ma gorge.
Les boites à musiques, que chantent-elles ?
A quoi rêvent les objets ? ont – ils des envies inavouables ? Clop pataclop, ça culbute, ça cogne la dedans.
Un jour, quelqu’un dont j’ignore encore l’existence, s’est penché sur mon corps et y a posé ses chansons. Depuis je suis restée suspendue à cette mélodie bleu ivoire, et mes sens aggripés à la clef de sol ou de fa demeurent embués.
Je m’enfonce tout au fond des draps, mon corps tremble, je me tourne les pouces, d’une main je me caresse la joue en me consolant :
« là, ne pleure plus, ça va aller, je suis là. »
Je suis toute serrée dans cette enveloppe trop étroite pour contenir l’angoisse qui m’oppresse, toutes ces incertitudes qui me tordent le ventre…
Je ne pleure plus
La sempiternelle même question qui me taraude :
« Que faire pour que la bête cesse de me bouffer les entrailles, se sentir libre et en vie ? »
Je repense à quand j’étais petite…Je pouvais rester des heures assise sous la table du salon à dessiner des monstres sacrés, des fées, des aventuriers. Je notais toutes les lettres de l’alphabet en file indienne et dessinais un idéogramme pour chacune d’entre elles ( Abricot, Thanos, Défilé du 14 juillet…), on ne me demandais rien si ce n’est préférais-je du sucre glace ou du sucre semoule sur mes beignets.
J’étais sage, en bonne santé et cela suffisait pour que je grimpe les marches du pied d’estale familial.
Puis ma mamie a vu des fourmis blanches, le lendemain ce n’était qu’un corps dur et froid et j’ai compris dès lors que cela ne suffirait plus…les jolis dessins, lire en mangeant des biscuits.
Mais je n’arrive pas à grandir, alors je dois avaler les petits smarties de l’hôpital pour que « ça passe ».
Dès fois ça cogne tellement en soi, on a des picots plein les doigts, du feu dans les pommettes…Alors on se claque au fond de son plumard.
On voudrait coucher cette plaie béante dans des plumes de soie dorée pour qu’elle se repose un peu.
On ferme les yeux car on est incapable de fixer un point, on a les yeux révulsés et la tête prise dans un étau.
C’est comme si notre corps était en trop, comme une masse informe aux contours incertains qui tente tant bien que mal de camoufler cet amas d’orties.
On se réfugie tout au fond de nos souvenirs d’enfants, si possible de ceux qui font chialer, car on voudrait qu’ils jaillissent comme des geysers ces satanés démons, des larmes à gros bouillons, vomir des torrents d’amertume et après comme quand il a plu un soir d’août, tout serait silencieux, on aurait la tête vide et les yeux roses et secs.
Ne plus avoir cette enclume à la place du cœur qui nous tire dans les profondeurs du marasme qui gît dessous ; là où il fait froid et noir, là où se logent les croque-mitaines.
On désire simplement que de petits doigts de fées nous dégourdissent l’âme, que quelqu’un nous dise de rester là…nous fasse un bon thé, nous cajole, nous berce et dormir, poser ce gros caillou sur un ventre moelleux, que de chaudes mains glissent sur nos cheveux défaits et se réveiller radieux comme le soleil de Tunisie, plein d’envies de courir le monde, libérée des cailloux bleus qu’on bouffe à longueur de journée, les orteils rouges de honte, froids, enquilosés, les jambes en guimauve que ce foutu bordel qui nous broie l’âme s’évanouisse, explose en un beau feu d’artifice, nager dans l’océan des bulles de joie.
Danser le flamenco dans un ciel orange, entendre nos rires zébrer ce foutu silence de pacotille.
Mais comme on ne croit plus en rien, on s’accroche à son stylo comme à la dernière chose en vie, on ne fait confiance qu’aux flots illisibles, bleu cyan qui s’écoulent toujours, on laisse rouler sa bille sur de beaux papiers pendant des kilomètres.
On tente vainement de s’expliquer, on gribouille des bafouillis.
Mais il fait de plus en plus froid, on va chercher un châle à tâtons, en évitant soigneusement d’allumer le néon pour essayer d’ignorer ce satané fourbis qui règne ici, qu’on doit toujours ranger demain.
On voudrait frapper des punching-ball, les éventrer et qu’en sorte de libérateurs cotillons multicolores.
Et ils placent leurs tarifs pornographiques à l’intérieur de cadres dorés pour nous faire avaler la pilule. Moi je m’en fouts de vos jeux de tirlibibi à dix balles.
Sur les arbres y a des bandes de cassettes audio sur lesquelles le soleil jettent des reflet changeant, mais on sait que c’est du toc !
Je cours le ventre disloqué et mes larmes s’envolent au vent, mais je ne suis pas libre.
Je voudrais casser la gueule de quelqu’un car l’impuissance me donne des envies d’arrachage de bras, d’éclatage de cervelle sur vos murs blancs, de prendre ton indifférence par les couilles et de les faire bouffer à la louve romaine.
J’peux plus dormir, y a qu’des images stromboscopiques qui me fouettent les rêves : cris de dortoirs enfumés…
Sur les murs de mon existence noirs de suie, des affiches déchirées, illisibles couvrent avec amertume l’arc en ciel de ma naïveté.
Je me lève, enquilosée de ce divan trop mou, je replace le verre juste devant l’assiette, la fourchette dents tournées vers la table à gauche, couteau à droite, je fais une croix sur l’envers du pain…Automatiquement mes gestes sont empêtrés du manuel de Nadine. Je chiale car cela n’a aucun sens, c’est tellement vide à l’intérieur qu’il faut que mes mains affolées s’agitent.
A la télé on ne s’intéresse qu’aux malades, t’as pas besoin de créer, agir pour devenir célèbre…sois anorexique, toqué, avocat de Marc Dutroux, serial killer, schiso, parano ..Là ouais c’est bath !!!
Surtout soit bien pourri, plus tu es putride, sadique, plus ces yeux agglutinés face à leur propre souffrance s’accrocheront à toi Dorian.
« Alors, un jour, j’ai littéralement et volontairement pété les plombs, toutes les idées tourbillonnaient à l’intérieur, s’entrechoquaient.
Je n’avais pas dormi depuis trois jours, je restais enfermée avec mes livres me persuadant que la clef se trouvait irrémédiablement dans l’un d’eux.
Je ne supportais plus le monde dans lequel je vivais.
A l’époque, j’étais conseillère téléphonique au sein d’une entreprise de VPC où les barbares qui fouettaient les galériens que nous étions s’évertuaient à trouver des tortures de plus en plus fines afin de nous lobotomiser.
A présent pour gagner mon pain quotidien et reproduire ma force de travail, je stakanovisais : répondre au téléphone, saisir les commandes, calmer les clients sortis de leurs gonds, vendre les coordonnées (si vous choisissiez un pull rouge, je devais vous refiler le jean assorti), les articles de substitution (la taille 54 n’est plus disponible, puis-je vous proposer le 52 ?), placer les cartes de fidélité qui étaient en fait des passes vers le crédit à la consommation (une personne possédant ce sésame achetait deux fois plus qu’une autre), proposer les articles de fin de stock à prix sacrifiés (Madame, pour vous remercier de votre commande, j’ai le plaisir de vous proposer une superbe parure de bijoux au prix providentiel de 15€), mettre sous pli des courriers types, enregistrer des participations au tirage du gros chèque, tout cela en respectant le temps imparti qui était de 2 minutes par appel (ce délai dépassé, nous ne touchions que 50 % de la prime pour laquelle il fallait déjà avoir atteint les objectifs fixés, au-delà de 3 minutes nous perdions tout).
Chaque semaine, les résultats de chacun étaient affichés, nous étions tous mis en concurrence.
En plus de cela, il y avait les réunions lors desquelles on vous félicitait car grâce à nous la société était fière d’annoncer que nous avions fait 3 millions d’euros de bénéfices, les formations où l’on nous apprenez comment fonctionnait un client, comment poser les bonnes questions, argumenter, coincer rhétoriquement les chalands.
L’été, il faisait 45°C sur le plateau des étoiles car le soleil pénétrait le fer du bâtiment et les immenses baies vitrées se faisaient un malin plaisir d’absorber la chaleur. Toutefois, on n’installait pas la climatisation, on vous payait une glace : la responsable allait au supermarché et en rapportait des cornets d’amour…Quelle délicate attention !
Dans ces conditions, oui, j’ai pété les plombs. »
Mon corps érotise t’il encore l’imaginaire des hommes ?Serais-je l’égérie, la force créatrice de quelque âme.Agrandir le détail de sorte que l’émotion apparaisse comme une évidence et ne puisse être lue en contre-sens. Analyse comportementale. Les visages nous parlent.Rhapsode des maux sur lesquels je dispose de légers mots afin de les rendre supportables.Et que s’encre le sur-réel ici !!!Histoire de cygnes, des signes dessinés !Comment faire le commentaire se taire…chut…