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Monde bullique

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De minuscules êtres biscornus aux dires tarabiscotés me parlent dans le murs. Ils sont apparus aujourd’hui, en tous cas je n’y avais jamais fait attention auparavant.

Papa était très en colère, je ne sais plus ce que j’avais fait pour le faire entrer dans une telle rage, il frappe son gros poing gras dans le mur, il cogne sa tête dans la porte six fois, il hurle…J’ai peur, je ne comprends pas.

Il a pris un grand couteau, a tourné la lame contre son ventre et me dit de le tuer.

Je pleure beaucoup et suis soulagée quand maman me dit de monter dans ma chambre.

Je suis recroquevillée derrière la table de chevet. Tous mes petits joujoux étalés dans une mise en scène fantastique. Le plastique multicolore illumine ma nuit. Pourtant il n’est que dix heures, je suis sensée faire les poussières des boiseries mais je suis si seule et tellement triste. Je ne sais plus pourquoi peut-être une note que papa a jugé médiocre, peut-être que ce sweat est trop cher. Je ne me souviens que de ce sentiment vif qui bousille l’innocence de l’enfance, que je ne parviens pas à imaginer des issues dans des demains resplendissants.

Des murs, des voix s’élèvent sont-ce les miennes ?

Mes menottes, mes petons tremblent (je n’ai pas peur mais je suis plutôt impressionnée), je glisse sur l’épaisse moquette. J’écris ma mélancolie sur de beaux papiers parfumés à l’encre turquoise. Je cache ce trésor sous le velours du sol afin que d’autres, plus tard, trouvent ces messages, ces témoignages.

Un enfant perdu, réconforté de savoir qu’une autre âme a ressenti ce malaise d’émeri, ce vide, a eu peur du néant.

Comme ce doit être bien de ne plus être seule, je n’ai pas cette chance mais les livres me réconfortent, et maintenant le monde merveilleux des Bulliz m’emporte dans le tourbillon violet de nouvelles aventures éclatantes de bien être.

Les Bulliz, c’est le nom de mes nouveaux amis du mur de derrière le lit. Ils m’ont parlés, ils me consolent, me cajolent, ils réussissent même à me faire rire avec leurs pitreries.

« Surtout ne parle jamais de notre existence à qui que ce soit ou nous devrons partir. Si une autre personne que toi était au courant de notre existence nous serions, sous peine de mourir, évanouis dans l’air comme des bulles rencontrant un atome trop lourd, obligés de trouver un autre refuge et ne pourrions pas t’emmener avec nous dans le monde bullique ».

Evidemment, je tenais plus que tout à ces ailes qui me poussaient dans le dos, je désirais faire mon apprentissage de féerie et découvrir ce merveilleux monde dont ils me raconteraient l’histoire le jour de mes quinze ans.

Je range un à un, avec un extrême soin tous mes anciens compagnons de plastique dans les boules aux couleurs du soleil, je ne les reverrai plus.

 

MESSAGE : la dame aux bulles part faire sa récolte d'eau savonneuse du 04/08 au 26/08....

Si vous voulez obtenir son livre (roman): éphéméride, journal d'une fée (160 pages de textes et dessins),LES 100 PREMIERS RECEVRONT UNE SURPRISE... il vous suffit de prendre contact par mail (feebullique@yahoo.fr).

DISPONIBLE DES SEPTEMBRE...

Nos aventures se perfectionneront avec l’arrivée d’une caméra vidéo offerte par le papa de Raphaëlle. Entraînées par une passion sans bornes pour quelques réalisateurs américains, nous nous lancerons dans l’aventure cinématographique.

Un fait restera marquant au milieu des centaines de cassettes, le film de mon envol.

Il faut dire que dans mes rêves mon moyen de transport est le vol, je prends une impulsion, m’élance, m’élève et deviens un être volant. Ce songe est tellement récurent que je suis persuadée de pouvoir jouer le personnage d’X-Or, le shérif de l’espace.

Delphine tient la caméra braquée sur moi, je porte une superbe cape d’un rouge Salambo, une couronne d’aluminium du plus bel effet ceint ma chevelure qui rayonne dans le soleil couchant. Raphaëlle me dirige, je monte sur le balcon…Tree, two, one, moteur…Je prends mon envol, une épée fluorescente au poing, je bat des pieds et des mains et…Je m’écrase sur le macadam, une chute vertigineuse de deux mètres de haut, je suis une femme de cristal ébréchée de partout. Le chirurgien comptera dix-sept fractures qui me cloueront deux mois sous un soleil de plomb dans une coquille de plâtre irritante.

Notre trio trépidant aventurera quelques années, jusqu’à notre rentrée en sixième nous avons les même sacs, nous scellons ainsi notre appartenance au même clan devant tous ces gamins.

Mais nos passions communes s’étiolent, Delphine suivra l’aura incandescente d’une Raphaëlle aux seins qui poussent. Je fuirais leurs concours chronométrés de bisous avec des garçons baveux.

Ma curiosité aux choses nouvelles fit que je me passionnai rapidement et avec fougue pour les discours de mes professeurs.

Désormais je rédige cinq rédactions pour un sujet, je suis le nègre de mes anciennes amies. Elles m’échangent une heure de jeux et d’attention contre des notes honorables.

Je me lance à corps perdu sur tout ce qui à trait aux nouvelles découvertes : Pompéi, la géologie, le théâtre…l’histoire du monde m’émerveille.

Je joue encore…à enseigner de manière ludique aux visages barbouillés de couleurs de ces lolitas. Toutefois je m’y emploie avec délice car mes cours de chimie, mathématiques et français se déroulent une fois par semaine dans la cave de Raphaëlle.

Longtemps je resterais sensible à l’odeur qui me prenait les narines en descendant les escaliers, des effluves d’antres d’alchimistes émanaient de cet endroit.

 

Cependant un fossé se creuse de plus en plus vertigineux entre elles, leurs amoureux et moi. Mon professeur de français le remarque, mon sort lui importe car il me trouve dotée de capacités intellectuelles évidentes, je passe un test de coefficient intellectuel chez un médecin (le premier docteur Charabia d’une longue liste), et là patatra on me déclare atteinte de surdouïte aiguë.

Désormais finis les jeux, le dessin…pour moi ce sera les pensum de latin, grec, les équations à trente inconnus…on essayera sur moi toutes les méthodes, je deviens un monstre de foire pour mes proches.

Mon enseignant regrette rapidement son geste, il essaiera d’adoucir mon dur destin en me permettant d’écrire des pièces de théâtre, je passe avec succès l’examen d’entrée en section art dramatique, malheureusement le directeur du collège convaincra mes parents du gâchis que serait la comédie pour un cerveau comme le mien.

Je deviens une bête à concours : prix d’éloquence, d’orthographe, concours de biologie naturaliste, cross du collège, concours communal de dessin….

 
Mon enfance est terminée dans un fracas d’applaudissement

C’est merveilleux j’ai des amies, mes premières copines, camarades, compères…

Aujourd’hui papa a préparé un grand barbecue dans le jardin, maman a mis les petits plats dans les grands, mon frère et moi allumons des myriades de bougies qui font comme une allée de lumière dans l’herbe verte

nouveaux voisins, c’est pour leur souhaiter la bienvenue.

On peut mettre les musiques qu’on veut.

A huit heures elles sont arrivées, elles sont hyper giga super sensationnelles. Raphëlle à un air mutin, elle a de grands yeux bleus dans lesquelles dansent des éclats d’intelligence, de grandes couettes blondes (blond vénitien me dit maman), elle rit beaucoup, son père est ingénieur chez Sony et joue du piano, cependant il ne faut pas faire de bruit car il a souvent de grosses migraines, il voit plein de médecins qui ne le soulagent pas mais il ramène toujours des machines événementielles m’a dit Raphëlle dans ma maison Maya l’abeille.

Delphine est toute riquiqui, elle ressemble à une elfe, elle est réservée et très douce

quelques années nous seront inséparables.

Delphine a un grand bac à sable qui deviendra très rapidement un superbe gallion espagnol dans lequel nous parcourront des terres inconnues, foulées par aucun être humain.

Certains jours nous voguerons vers l’Afrique à la rencontre de tribus tribales, d’autres nous irons en Irlande à la recherche de frogs à embrasser pour faire apparaître des princes charmants qui ne donnèrent, je dois bien l’avouer, bien peu de résultats si ce n’est des éruptions cutanées de petits cratères rougeauds sur les commissures des lèvres de Nicolas, mon frère, notre mousse et homme à tout faire.

Au gré des images télévisées nous partirons dans la sixième galaxie à la rencontre de vies nouvelles.

C’est simple, trop ! Je suis une petite fille en socquettes blanches, chemisettes col Claudine, kilt bleu marine. Je fais de la danse classique, j’apprends le solfège (ma mère a prévu d’acheter un piano) : je déteste cela, ces cours sont un calvaire pour mon petit moi qui ne pense qu’à folâtrer dans des ciels orange .

Le reste du temps je le passe cloîtrerée dans un mutisme autiste livrivore (toute ma famille fut forcée de s’inscrire à la bibliothèque ainsi je pus emprunter dix livres par semaine, je suis la mascotte des bibliothécaires, je remporte les premiers prix de lecture, la dame au gros chignon qui s’occupe du rayon littérature de jeunesse indique aux lecteurs indécis d’aller voir la mignonne qui lit là-bas afin que je les conseille dans leurs choix, j’ai même le droit de lire les livres pour grands). Je dessine avec ma cousine sur la terrasse l’été, dans la cuisine l’hiver, je fabrique des gens en papier mâché, des bijoux qui fondent sous la pluie. Ce que je préfère c’est quand maman me permet de sortir les gouaches mais c’est rare car la peinture ça salit par contre j’ai des dizaines de boîtes à couleur et lors d’un concours de dessin je gagne une superbe mallette de couleurs : j’exulte.

Pour mes neufs ans je reçois un microscope, je deviens alors aventurière. Je pars à la recherche de l’infiniment petit où, j’en suis sûre, je découvrirais des personnages magiques.

Armée d’un grand cahier et de mon assistant, un frère de cinq ans chauve, qui me suit plus fidèlement que mon ombre en pleurnichant si bien des :

« Maman a dit que si tu ne joues pas avec moi, tu rentres !!! »

que je décide de le convertir à ma cause. Il arrive avec ses quinze pistolets, son étoile de chérif au volant de sa voiture à pédales.

Je le molestais sans cesse mais il était merveilleux ce petit bougre, c’était lui qui lors de nos expéditions se montrait le plus courageux, pour mériter mon amitié, il montait dans des endroits plus que périlleux pour cueillir des raretés. Je consignais toutes nos découvertes dans un grand classeur.

Je préparais sur les lamelles de verre tous les ingrédients : bleu de méthylène, acacias, pattes de mouches...je prenais bien soin d’égrener tous ces noms en latin pour subjuguer mon petit acolyte. Puis la magie s’opérait dans nos yeux dégoupillés ; des mondes inexplorés s’offraient à nous, des formes multicolores s’enchevêtraient, bien sur je n’oubliais jamais de reproduire fidèlement le nouveau monde pour la postérité.

Tout est devenu clair ce jour là, j’avais le pouvoir de commander aux fées. Je devais être très prudente dorénavant dans la formulation de mes demandes à mes amies ailées.

Un frisson glacé me parcourut l’échine en même temps qu’un grand soulagement de me savoir ainsi protégée.

C’est décidé, j’allais moi-aussi devenir une fée mais je ne ferais plus de mal.

Ainsi ma vocation était née et mon sadisme enfantin tué dans l’œuf.

 

 

Pour mes six printemps je reçus mon plus beau présent, un magnifique livre en cuir marron, parcouru de dorures klimtiennes qui renfermait les contes et légendes de tous les pays du monde.

Ce fut ce coffre à trésors, cet herbier à baiser que je chérirai et qui ne me quittera plus.

Ce merveilleux étalage narrant les trépidations d’êtres hors du quotidien conditionne dès lors mes actes.

Je me pris d’une passion furieuse pour la littérature, on m’inscrit à la bibliothèque, heureux, qu’une petite fille s’intéressa, dans cette famille émigrée, aux belles lettres (Ernesto, mon arrière grand-père vivait en Toscane, à Carrara en contrebas des carrières du plus beau marbre du monde, il était sculpteur pendant la seconde guerre mondiale et son œuvre consistait à irriter Mussolini en créant de la révolution et il s’acharnait si bien à sa propagande anti-fasciste qu’on lui fit couper tous les doigts sur le forum urbain, bien plus les chemises noires détruisirent trente années de création : dans ces conditions vous comprenez bien que l’Italie devenait pour cet artiste un calvaire et qu’il refusa que ses enfant ne grandissent dans un pays ou régnait une telle ambiance. Aux empaffés qui lui disaient que Mussolini avait fait de grandes choses pour l’Italie, il répondait le cœur bouillant et les yeux exorbités que c’est comme si dans une maison sans électricité, on appelait le réparateur, celui-ci pillait la maison , violait votre femme, tuait vos enfants mais on se réjouissait car il avait réparé le réseau électrique. Il renia jusqu’à sa langue, il ne parlait plus qu’en Anglais ou devrais-je préciser en Américain et envoya ses cinq enfants étudier et travailler à l’étranger. Mon grand-père paternel, armé d’un diplôme de tailleur de pierres se décida pour la France, il faut dire qu’il y avait rencontré lors d’un voyage de jeunesse à la Napoule une bien jolie princesse française brune aux yeux gris. Ils s’installèrent dans le Nord de la France. Ironie du sort : ses capacités firent de lui un sculpteur de charbon, enfermé sous terre il respirait le grisou…La suite est banale, c’est l’histoire d’une main d’œuvre minière et d ‘une famille assez pauvre qui élève ses rejetons dans l’amour du gain : la réussite c’est l’argent).

Ceci me ravit, je n’avais que faire de la compagnie des autres congénères de mon âge avec lesquels je ne parvenais pas à communiquer, je ne comprenais pas alors l’importance de tisser des relations sociales, je préférais mille et une fois m’échapper dans des mondes sublimés aux vents mauves et adorais la compagnie des adultes qui possédaient des histoires plein leurs tiroirs...

 
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